Roms d’ici et d’ailleurs / Roma hier und dort

Roms à Hamburg en manifestation – Roma in Hamburg während einer Kundgebung

Un débat qui donne la nausée

Il y a exactement un an, le 30 Juillet 2010, le président de la République Française, Mr Sarkozy prononçait à Grenoble un discours chargé de menaces, annonçant les jalons d’une politique encore plus sécuritaire. Les Roms y étaient évoqués entre deux paragraphes, leurs campements sauvages, leur « abus du droit à la libre circulation » et la promesse était faite de détruire dans les trois mois, plus de la moitié de ces « installations illégales ». A la suite de ces roulements de tambour, la France expulsait à coups de charters des centaines de Roms bulgares et roumains vers leurs pays d’origine. Voilà que la France se mettait à expulser des citoyens européens. Le fossé n’est plus communautaire/extracommunautaire. Le réel fossé est riches/pauvres. Certes, l’Union Européenne tapa du poing en accusant la France de dépasser les bornes. Certes les associations et citoyens descendirent dans la rue pour protester contre la dérive sécuritaire et raciste du gouvernement. Pourtant le coup d’éclat était réussi: encore un fois, les Roms étaient stigmatisés, comme vagabonds, comme bons à rien, comme s’accrochant aux aides, comme des citoyens de seconde zone.

Rencontres et amitiés tissées à Hambourg

Bien loin des clichés et des stéréotypes que l’on entend à longueur de journée sur les Roms, les Tziganes, les Manouches, nous avons rencontré à Hambourg, des personnes qui se disent Roms. Des Roms donc. Mais, les femmes n’ont pas de foulard dans les cheveux et de grandes jupes, ils n’habitent pas dans des caravanes, les enfants ne demandent pas de l’argent. Combien de fois m’a-t-on dit: tu es sûre que sont vraiment des Roms?

A Hambourg, plusieurs familles sont arrivées de Serbie et de Macédoine afin de demander l’asile, fuyant les discriminations perpétuelles auxquelles elles faisaient face dans leurs pays d’origine. Tous des Roms. Directement envoyés dans le camp de réfugiés de Horst, à une heure d’Hambourg, les familles y ont passés trois mois, isolés, sans perspectives, coupés de tout contact avec la population allemande. Au bout de cette période, les familles ont été transférées à Billstieg, un quartier de la ville mal desservi par les transports en commun et uniquement peuplé de personnes d’origine étrangère. C’est là que plusieurs militants actifs dans la défense des droits des étrangers les ont rencontrés et ont lié des amitiés avec plusieurs d’entre eux. Certaines familles avaient déjà vécu à Hambourg dans les années 90 et leurs enfants étaient nés sur le sol allemand. Pourtant cela n’avait pas empêché les autorités de tout déployer pour les expulser. Ainsi beaucoup d’entre eux parlent bien l’allemand et connaissent très bien les lieux.

Une photo-galerie a été publiée en Juillet 2011 sur le site de café babel et montre quelques unes de ces familles.

Famille Rom à Billstieg – Roma Familie in Billstieg (photo:M.Stroux)

Conditions de vie en Serbie/Macédoine/Kosovo

Nombreuses sont les organisations qui ont documenté et dénoncés les conditions de vie des Roms dans des pays comme la Serbie, le Kosovo ou encore la Macédoine. Amnesty International témoigne du délogement de nombreux Roms en Serbie par les autorités. La section allemande de l’organisation fait le même constat: expulsions de force dans la capitale serbe, pas d’accès au marché du travail, difficultés à inscrire les enfants à l’école etc. Le Conseil des Réfugiés de Basse-Saxe basé à Hildesheim porte également un projet nommé « Dosta » (assez en Romanes) qui vise à soutenir en Allemagne des familles Roms réfugiées et à documenter ce qu’il se passe dans leurs pays d’origine. En Avril 2010, deux personnes du Conseil des Réfugiés sont parties à Belgrade et ont rencontrés des familles Roms ayant été expulsées d’Allemagne. Le constat est affligeant: vivant dans des ghettos, les personnes sont écartés du système de santé, d’éducation, du marché du travail et n’ont aucune perspective d’intégration dans la société serbe. Pour voir les résultats de l’enquête (en allemand), c’est par ici.

Expulsions et « retour volontaire »

En échangeant avec nos amis Roms à Hambourg, nous nous sommes rapidement rendu compte que ceux-ci vivaient dans une tension constante. A chaque renouvellement de leur autorisation provisoire de séjour (de toutes les semaines à tous les 6 mois selon le bon vouloir des autorités compétentes), les guichetiers leur disaient sans détour que plus tôt ils signeraient les papiers de « retour volontaire », mieux ce serait pour leur famille. Et une couche de paternalisme en faisant comme si ils ne comprenaient rien, pas un mot d’allemand, une couche d’autorité en les menaçant de rétention, d’expulsion violente, de police et de menottes et on espère voir repartir les Roms. Jasa, une mère de famille nous disait « Comment peut-on parler de retour volontaire quand on nous force à partir? ». Depuis, elle est rentrée en Macédoine parce qu’elle n’arrivait plus à fermer les yeux la nuit. Certaines familles ont craqué et sont reparties. La plus grande peur étant celle de l’interdiction de territoire allemand pendant 5 à 10 ans. C’est ce qu’il se passe si un étranger est expulsé d’Allemagne ou mis en rétention. Pour creuser la question du retour volontaire, voir l’article « Expulsions à la crème, nouvelle recette des autorités » de l’une d’entre-nous sur le site de l’organisation Echanges et Partenariats.

Les personnes renvoyées, « volontairement » ou de force se retrouvent dans des situations encore plus précaires qu’avant. Elles sont hors circuit et n’ont pas les moyens de retomber sur leurs pieds. Une femme Rom du Kosovo avait succombé à sa maladie à peine quelques semaines après son expulsion d’Allemagne. Voir à ce sujet la déclaration de Pro Asyl. Et malheureusement, ce n’est pas un cas isolé.

Roms de Lyon

En banlieue lyonnaise, dans un quartier tranquille de Villeurbanne, une tâche de couleurs vives anime la rue de Fontanière. C’est un squat, le « 31 BB« , ouvert et joliment décoré par un petit groupe de militants en janvier 2011. Désespérés de voir des familles Roms avec enfants et bébés dormir dans des garages en plein hiver, alors même que des immeubles restent vides depuis des années, il ont décidé de réagir en adoptant comme devise « Un toit c’est un droit, la réquisition un devoir ».

Les familles Roms roumaines (de deux à quatre selon les périodes) se partagent avec quelques militants les 2 appartements et le rez de chaussée de l’immeuble. La vie s’est peu à peu organisée, les enfants ont pu être scolarisés un semestre et progresser en français, un réseau de soutien s’est tissé autour d’eux pour leur permettre de s’intégrer, un atelier vélo a adopté le lieu, des ateliers/animations s’y déroulent … . Lors du procès, le juge a accordé un délai de plusieurs mois (presque un an !) pour leur laisser le temps de se reloger. Erilia HLM, à qui appartient l’immeuble, a fait appel et finalement le délai est écourté. L’avis d’expulsion devrait arriver en septembre et sera suivi par deux mois de délai.

Des bouches des enfants sortent souvent les souvenirs confus des endroits où ils ont vécu. La Roumanie, la France, les voyages incessants, les conditions de vie pas toujours évidentes, le rejet de leur identité; Rom, ni Français, ni Roumain, … identité sans pays ou ayant trop d’origines ? Ils ne se plaignent pas, sont toujours occupés à jouer comme les enfants qu’ils sont, à courir, chanter, peindre les murs …

Les adultes sont moins insouciants. Ils connaissent la précarité de leur situation et un squat n’est jamais très pérenne, même avec un collectif de soutien et un excellent avocat. Ils savent que chaque démarche administrative prend des semaines (aide médicale d’Etat, demandes CAF, relogement, scolarité…) et qu’ils n’ont pas le droit de travailler. Une aberration d’ailleurs, quand on sait que le travail est sensé être libre dans l’Union Européenne et qu’ils sont eux-mêmes citoyens européens à part entière. En tant que Française, j’ai travaillé plusieurs mois sans aucune difficulté en Angleterre et pourrais travailler en Roumanie si je le voulais. Eux sont Roumains et n’ont pas le droit de travailler en France sans permis.

Néanmoins, ils sont des as de la débrouille, vendent des jonquilles au printemps, aident sur les marchés, font des récup’ dans les poubelles des grands magasins , la manche parfois aussi, pour payer les factures (eau, gaz, électricité), obtiennent des colis alimentaires… et leur table est toujours dressée et prête à recevoir levisiteur, ami de passage.

Mais ils semblent tiraillés : ils aiment la Roumanie, y ont une partie de leur identité, leurs familles, un bout de leur histoire, des souvenirs, une langue … mais leur venue en France est signe de leur impossibilité à vivre décemment là-bas. Pourtant, leurs conditions de vie en France sont loin d’être idylliques et ce déchirement donne lieu à de nombreux aller-retours entre la France et la Roumanie. Hors des standards culturels occidentaux, le nomadisme semble difficile à assumer mais la liberté de mouvement prime sur le reste.

Reste à savoir si cette liberté n’est pas illusoire dans l’Europe de 2011…

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Eine falsche Debatte

Vor genau einem Jahr, am 30. Juli 2010, hielte der Präsidenten Frankreichs, Herr Sarkozy eine bedrohliche Rede in Grenoble, und kündigte damit eine noch repressivere Politik. Roma wurden zwischen zwei Absätze erwähnt, ihre „wilde Lagerplätze“ wild, ihre « Missbrauch des Rechts auf Freizügigkeit » und er machte das Versprechen, innerhalb von drei Monaten, mehr als die Hälfte dieser sogenannten « illegalen Siedlungen » zu zerstören. Nach diesen Trommelwirbeln, schob Frankreich per Charters Hunderte von Roma aus  Bulgarien und Rumänien in ihren Herkunftsländern ab. Und es ist so, dass Frankreich EU-Bürger auszuweisen begann. Die Lücke war nicht mehr gemeinschaftlich / extra-gemeinschaftlich. Die wirkliche Kluft war reich / arm geworden. Die Europäische Union haute zwar mit der Faust auf den Tisch und warf Frankreich vor, viel zu weit zu gehen. Während dessen gingen Organisationen und Bürger auf die Straße, um gegen dem rassistischen und repressiven Abrutschen der Regierung zu protestieren. Doch der Effekt war da: ein weiteres Mal, Roma wurden als Vagabunden, die sich an Sozialhilfe festhalten, wie Bürger zweiter Klasse stigmatisiert.

Freundschaften und Kontakte in Hamburg und Lyon

Weit entfernt von den Klischees und Stereotypen, die wir den ganzen Tag über Roma, Sinti und „Zigeuner“ hören, trafen wir in Lyon und Hamburg, Menschen, die sich Roma nennen. Also, Roma. Aber die Frauen tragen kein Tuch in ihrem Haar und langen Röcken, sie leben nicht in Wohnwagen, die Kinder fragen nicht nach Geld. Wie oft wurde mir gesagt: bist du wirklich sicher, dass sie Roma sind?

In Hamburg, sind während letzten Sommer mehrere Familie aus Serbien und Mazedonien angekommen, um in Deutschland Asyl zu beantragen, auf der Flucht vor den ständigen Diskriminierungen, auf die sie in ihren Herkunftsländern konfrontiert waren. Alle waren Roma. Sie wurden direkt in das Flüchtlingslager Horst geschickt, eine Stunde von Hamburg entfernt, und verbrachten dort drei Monate, isoliert, ohne Perspektiven, ohne Kontakt mit der deutschen Bevölkerung. Nach Ablauf dieser Frist, die Familien wurden nach Billstieg transferiert, ein Ortsteil Hamburgs besonders schlecht mit öffentlichen Verkehrsmitteln bedient und nur von Personen ausländischer Herkunft bewohnt. Es ist in Billstieg, dass mehrere Aktivisten die Roma Familien kennengelernt haben und sich mit einigen von den befreundet haben. Einige Familien hatten bereits in den 90er in Hamburg gelebt und ihre Kinder auf deutschem Boden zur Welt gebracht. Doch das hielt die Behörden nicht alle, alles Mögliche umzusetzen, um sie auszuschieben. Viele von diesen Roma sprechen ganz gut Deutsch und kennen die Stadt Hamburg.

Eine Foto-Galerie wurde im Juli 2011 auf der Webseite des Café Babel  veröffentlicht und zeigt sowohl einige dieser Familien als auch das Ghetto Billstieg.

Roma Familien bei dem Petitionsausschuss in Hamburg

Lebensbedingungen in Serbien/ Mazedonien/Kosovo

Viele Organisationen haben über die Lebensbedingungen der Roma in Ländern wie Serbien, Kosovo oder Mazedonien dokumentiert und diese öffentlich denunziert. Amnesty International zeigt in mehrere Berichte, wie die serbische Behörde an der Vertreibung vieler Roma verantwortlich ist. Die deutsche Abteilung der Organisation macht auf ähnliche Diskriminierungen  aufmerksam: Zwangsräumungen in der serbischen Hauptstadt, keinen Zugang
zum Arbeitsmarkt, Schwierigkeiten bei der Einschreibung der Kinder in der Schule usw. Der Flüchtlingsrat Niedersachsen, mit Sitz in Hildesheim hat ein Projekt namens « Dosta » (auf Romanes „genug“), deren Ziele hat, die Roma-Flüchtlinge in Deutschland zu unterstützen aber auch zu dokumentieren, was in ihrem Herkunftsland geschieht. Im April 2010 sind zwei Mitglieder des Flüchtlingsrates Niedersachsen nach Belgrad gefahren und haben sich mit Roma-Familien getroffen, die aus Deutschland abgeschoben worden sind. Die betrübliche Tatsache ist: die Menschen leben in Ghettos, bleiben aus dem Gesundheitswesen, der Bildung, dem Arbeitsmarkt und haben keine Aussicht auf Integration in der serbischen Gesellschaft. Um die Ergebnisse der Untersuchung geht‘s hier.

Abschiebungen und « freiwillige Rückkehr »

Durch zahlreiche Diskussionen mit unseren Roma Freunden in Hamburg, haben wir schnell bemerkt, dass sie in ständiger Spannung leben. Bei jeder Erneuerung ihrer befristeten Aufenthaltserlaubnis (von wöchentlich auf alle 6 Monate nach dem Ermessen der zuständigen Behörden), der Sachbearbeiter_in sagt ihnen unverblümt, dass je eher sie die Papiere der « freiwilligen Rückkehr » unterzeichnen würden, desto besser wäre es für ihre Familien, da sie sowieso bald ausreisen müssen werden. Eine Schicht von Paternalismus hier, indem die Behörde so tun, als die Roma kein Wort Deutsch verstehen würden. Und eine Schicht von Autorität da, indem sie die Familien mit gewaltsame Abschiebung, Abschiebehaft, Polizei und Handschellen bedrohen. Und es wird gehofft, dass die Roma schneller das Land verlassen. Eine Bewohnerin von Billstieg, Jasa, sagte uns ein Tag: « Wie können wir von freiwilliger Rückkehr sprechen, wenn wir gezwungen sind, zu gehen? ». Sie ist nach Mazedonien zurückgefahren, weil sie nachts die Augen nicht mehr schließen konnte. Einige Familien haben diesen Druck nicht ausgehalten und sind zurück gefahren trotz der Lebensbedingungen in Serbien/Mazedonien. Die größte Angst der Familien ist, das Verbot auf deutschem Boden für 5 bis 10 Jahre. Es ist was passiert, wenn ein Ausländer aus Deutschland abegeschoben wird oder in Abschiebehaft war. Um mehr über das Thema der freiwilligen Rückkehr zu lesen, siehe den Artikel (auf französisch) von einer von uns auf der Website der Organisation „Echanges et Partenariats“.

Die Personen, die « freiwillig » oder zwangsweise zurückfahren, befinden sich am Ende in noch prekären Situationen als vorher. Sie sind aus dem System (nur durch die Tatsache, dass sie Roma sind) und haben gar keine Mittel, um wieder auf die Beine zu kommen. Im Januar starb eine Roma-Frau in Kosovo nur wenige Wochen nach seiner Vertreibung aus Deutschland. Sie war schwer krank, schon in Deutschland. Siehe in diesem Zusammenhang die  Pressemitteillung von Pro Asyl. Und leider ist dies kein Einzelfall.

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