Europe et Migration

Les pays des Balkans du Sud et la Turquie représentent à l’heure actuelle l’une des nouvelles frontières de l’Union Européenne. En décembre 2009, l’UE avait levé l’obligation de visas pour la Serbie et la Macédoine, cela permettant aux citoyens de ces pays de circuler librement dans l’Union Européenne pendant trois à six mois et donc sans possibilité ni de travailler, ni de s’installer durablement. Pourtant, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas avaient menacé de revenir sur cet accord, après l’afflux important de demandes d’asile en provenance de ces pays. Beaucoup de ces demandes étaient posées par des familles Roms. En décembre 2010, c’est au tour des citoyens albanais et bosniaques d’être exemptés de visas pour entrer sur le territoire européen. Pour jouir de cette nouvelle liberté, il faut cependant posséder une certaine somme d’argent au préalable. Pendant ce temps là, la Bulgarie et la Roumanie mènent un parcours du combattant afin d’intégrer l’espace Schengen. Leur adhésion a été repoussée, l’UE (sous la pression de la France et de l’Allemagne) estimant qu’ils n’étaient pas encore en mesure d’assurer la sécurité aux frontières extérieures de l’UE, l’une des conditions clés pour entrer dans la communauté européenne. Les Etats membres agitent le spectre de l’immigration clandestine et de l’afflux de « faux  demandeurs d’asile » afin de repousser l’échéance. Dans un communiqué du 2 Mai 2011, la commission des libertés civiles du Parlement Européen a donné son feu vert aux aspirations de la Bulgarie et de la Roumanie. En effet, au cours des dernières années, ces deux pays ont mis en place des systèmes de contrôle aux frontières performants et ont formé de nombreux gardes. Les centres de rétention pour migrants et demandeurs d’asile se sont multipliés aux abords des frontières avec la Grèce et la Turquie, répondant ainsi aux exigences de l’Union Européenne. La carte des camps que Migreurop a développé montre bien l’ampleur du phénomène: l’Europe isole, enferme, cache et devient un espace où plusieurs classes de citoyens existent.

L’Europe des camps 2009

La question des minorités Roms est intimement liée à celle des frontières comme l’ont montré de manière éclatante les expulsions massives de Roms de la France vers la Roumanie et la Bulgarie lors de l’été 2010. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy, decomplexé avait encore franchi un pas dans le cadre de sa politique d’exclusion et de rejet: l’expulsion de citoyens européens de son territoire, et ce, au mépris de tous les principes de base de l’Union Européenne.

Les débats sur l’immigration, sur les frontières et les Roms sont la plupart du temps incroyablement négatifs et peu constructifs. En France, en Allemagne et dans les autres pays européens, la question migratoire est vue comme un problème à tous les niveaux. La migration est un fardeau, il s’agit de se protéger, de contrôler à tout prix. La frontière n’est plus un lieu d’échange mais un lieu d’exclusion. Les citoyens de première classe, une infime frange riche de la population, ont droit à la mobilité à l’échelle planétaire tandis que la majorité se voient refuser ce droit fondamental. Les murs se multiplient, en Palestine, en Grèce, aux Etats-Unis.

Au court de l’hiver dernier, des révolutions ont embrasé de nombreux pays arabes et continuent de porter leurs fruits aujourd’hui. Remise en cause des systèmes autoritaires, des inégalités, du déni de liberté de circulation. Face à cette envie inébranlabe de changement et de démocratisation, l’Europe, celle qui se proclame porteuse des valeurs des droits de l’homme et de la démocratie, n’a rien trouvé de mieux que de fermer ses portes et de se hâter de conclure de nouveaux accords migratoires avec la Tunisie, la Libye etc. La bassesse des réactions politiques en Europe est affligeante face aux risques qu’ont pris et que prennent encore des milliers de jeunes en défiant des régimes autoritaires.

Ces révolutions nous questionnent également sur le sens de la mobilité, des frontières. Sur les privilèges que nous avons en tant qu’européens et sur les injustices sur lesquels ceux-ci reposent. Nous avons envie de voir les choses autrement et surtout de vous faire partager une autre actualité: une actualité qui prend son temps, qui laisse parler les gens, petits, grands, riches, modestes, papiers ou pas.

Du côté de la Turquie, de nombreuses questions sous-tendent celle de son rapport à l’Union Européenne. Celle de son adhésion par exemple, a longtemps été à l’ordre du jour dans les débats politiques et même dans les campagnes électorales nationales. Actuellement l’UE négocie avec sa voisine afin de signer un accord de réadmission (accord multilatéral permettant à l’UE de renvoyer des migrants en situation irrégulière en Turquie, s’ils ont transité ou sont originaires de ce pays). En même temps, la Turquie et la Grèce se sont entendues pour construire un mur d’une douzaine de kilomètres à leur frontière commune en vue de lutter contre l’immigration clandestine.

Ainsi le rapport qu’entretiennent les pays du Sud des Balkans et la Turquie avec l’Union Européenne est mouvant et très intéressant. Il est en pleine construction et implique selon les questions abordées un rapport de force différent. La question migratoire couplée à celle de la circulation des citoyens de ces pays est tout particulièrement d’actualité et centrale pour l’Europe au sens large. Enfin l’ambigüité de la question des Roms dans nos pays (en particulier en France, en Allemagne, en Italie) nous pousse à nous interroger sur leur rapport et leur place dans les sociétés serbes, bosniaques, bulgares etc. et plus largement dans l’espace européen.

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