A Hambourg, temps difficiles pour les familles Roms

A l’origine de notre voyage, le soutien des familles Roms originaires de Serbie et de Macédoine actuellement à Hambourg a joué un rôle important. L’idée était de récolter le maximum d’informations sur les conditions de vie des populations Roms dans leur ville/village d’origine. En rencontrant des familles dites « retournées » ou expulsées, en discutant avec les membres des familles de nos amis d’Hambourg, en parlant avec des organisations de défense des droits des minorités, nous avons tenté de décrire des réalités, des histoires, des parcours migratoires difficiles. Nous avons écrit, photographié, enregistré. Nous avons été choquées par ce que nous avons entendu, souvent par ce que nous avons vu. Pendant que nous sillonnions les routes serbes et macédoniennes, les dossiers de nos amis Roms d’Hambourg passaient d’une commission locale à une autre sans que les décideurs ne s’accordent sur une solution pour ces familles. Nous avons envoyé un rapport agrémenté de nos textes, de nos photos, de nos impressions et de notre position sur les conséquences d’un renvoi de ces familles dans leurs pays d’origine. Aucun accusé de réception n’a été pris et les députés destinataires n’ont aucunement réagi.

Après deux mois d’absence, c’est par un matin nuageux que j’arrive à Hambourg. Le jour même de mon arrivée, je me rends à Billstieg là où habite la grande majorité des Roms que je connais. Toujours le même bus qui ne passe qu’une fois par heure, les mêmes enfants qui jouent sur le terrain vague, les mêmes tapis accrochés aux balcons. De nouveaux graffitis décorent les murs délabrés des immeubles et le petit bébé de S. a tellement grandi que je peine à le reconnaître. Toutes les familles ayant déposé une pétition auprès de la commission compétente de la ville d’Hambourg sont encore ici. Déposer une pétition était alors (en mars dernier) l’ultime recours auprès des autorités de la ville afin d’obtenir un droit de séjour. Pendant de nombreux mois, la commission n’a pris aucune décision, cela donnant le droit aux familles, de rester sur le territoire allemand. Puis petit à petit, les députés ont voté sur chaque dossier tandis que les familles Roms, leurs amis et de nombreux groupes de soutien organisaient manifestations, conférences et actions sans se lasser. Malgré la large mobilisation des organisations de défense des droits des migrants et des Roms, les résultats des courses sont affligeants : sur 11 pétitions, toutes ont été rejetées.

B. l’un des Roms ayant déposé une pétition pour sa famille est atteint du cancer. Cela est connu des autorités et les certificats médicaux sont dans leurs mains. Et pourtant, même son cas n’a pas réussi à amadouer les députés membres de la commission. Le parti le plus à gauche avait réclamé un droit de séjour, le parti vert avaient demandé un droit de séjour de 9 mois et au final lui a été accordé un répit ridicule de 3 mois. Les dossiers des autres familles ont été rejetés. Qu’il y ait des enfants parfaitement intégrés, parlant l’allemand, allant tous les jours à l’école et soutenus par leurs professeurs et camarades n’a rien changé. Qu’il y ait des personnes malades, nécessitant des soins importants impossibles de recevoir en Serbie ou en Macédoine n’a pas interpellé les députés. Qu’il y ait des personnes nées en Allemagne, vivant dans le pays depuis plus de 10 ans n’a pas non plus changé la décision finale. Que nous ayons ramené des témoignages choquants, des photos sur les conditions de vie des Roms dans les pays d’où ils sont venus n’a pas pesé assez dans la balance. Les députés refusent tout dialogue, toute ouverture sur la question d’un droit de séjour. Ils continuent d’affirmer que la Serbie et la Macédoine sont des pays sûrs puis ils expulsent, l’esprit tranquille. Ils ne veulent pas prendre, ne serait-ce qu’une décision positive en ayant peur d’un appel d’air. Les prochains jours, des vols en direction du Kosovo et des Balkans sont prévus au départ d’aéroports allemands. L’étau se resserre malgré les mobilisations un peu partout et l’hiver qui s’installe.

Quelle bêtise que celles des décideurs politiques et de l’administration. Quel gâchis de forces, d’énergie et d’intelligence. Les 33 enfants des familles dont les pétitions ont été rejetées ont clairement envie de construire leur vie ici et ils ont déjà commencé à le faire, malgré la menace permanente de l’expulsion. Ils continueront à battre le pavé pour dire : « Nous sommes d’ici, pas de là bas ! » Et nous continuerons à dire : « Ils font déjà partie de notre société, ouvrez les yeux ! »

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A propos balktu2011

We are for young students/graduated willing to discover a bit more of Europe. We will be on the roads of southern Europe for six weeks, meeting actors of the civil societies, activists and people on the streets.. Come with us!
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