Le goût un peu âpre du retour à la maison

Ah, le retour ! Tout le monde sait que le voyage, c’est fait pour mieux revenir : la douceur du foyer, la familiarité du lieu, des gens, les retrouvailles avec les repères qui sont les nôtres… Et puis, surtout après un voyage comme celui-là, où l’on a croisé la trajectoire de ces personnes persécutées, rejetées par l’ensemble de la société dans laquelle elles évoluent, on ne peut pas s’empêcher de comparer primairement et de se dire qu’ « on-a-de-la-chance-d’habiter-en-France-terre-des-droits-de-l’Homme-où-les-droits-fondamentaux-ne-sont-pas-bafoués-et-où-chacun-est-libre-etc… »

Pourtant, à peine le pied posé en France, une mauvaise surprise m’attend sur le chemin en revenant de l’aéroport : à la sortie d’Arles (Bouches-du-Rhône), un terrain depuis longtemps investi par les Gitans de passage sous une bretelle d’autoroute et dont le passage a été bloqué par les autorités publiques pour empêcher les caravanes de passer, est depuis quelques mois aménagé en une véritable « aire d’accueil pour les gens du voyage. » C’est la commune qui est à l’initiative de ces travaux qui offrira aux populations un accès à l’eau et un endroit à peu près convenable où stationner. Jusque là, rien à dire. Je dois même avouer que ce retournement de situation est une heureuse nouvelle : après les grosses pierres posées depuis des années en travers de l’entrée pour empêcher tout passage d’un véhicule, le changement de politique est radical. Il faut dire quand même que l’aménagement d’une aire d’accueil dans les communes de plus de 5000 habitants est une obligation régie par la loi dite Besson (Louis et pas Eric…) du 5 juillet 2000, votée sous le gouvernement Jospin. Le délai de réalisation des travaux est normalement fixé à deux mois après promulgation de la loi… autant dire que très peu de communes ont respecté ce délai et surtout pas Arles. Mais bon, passons, soyons indulgents pour cette fois et venons-en aux faits.

Les travaux commencent, évoluent relativement rapidement et quand je passe devant en cette nuit de septembre, quelle ne fut pas ma surprise et –je dois bien le dire – mon horreur quand je vois ces tags inscrits sur les murs en parpaings qui commencent à être montés : «Non aux manouches » ou encore «  pas de piches ici, on n’aime pas les caravanes » (précision de traduction, puisqu’apparemment le mot n’est pas connu de tous : « piches » est un des bijoux de cette magnifique langue qu’est le sudiste et désigne les Gitans de manière assez peu courtoise, vous l’aurez compris.)

Slogans accueillants et chaleureux

Mon dieu, ciel, ne sommes-nous donc pas dans le pays des droits de l’Homme, qui a irrigué le monde de ses idées de liberté, d’égalité et de fraternité ? Je suis confuse et ne comprends plus : je pensais revenir dans mon pays d’êtres civilisés, de coexistence pacifiques des peuples, des libertés fondamentales et il n’en est apparemment rien ! Cruelle désillusion que celle-ci.

slogans accueillants et chaleureux bis

Un peu plus loin, en guise de signature : « JNR » ou Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires. Le sigle en dit long sur la nature de l’organisation et c’est peu de le dire : il s’agit en fait d’un groupe fondé en 1987 par des skinheads autour de la personne de Serge Ayoub, dit Batskin (en raison de son usage relativement fréquent de battes de baseball pour taper sur ses petits camarades qui avaient la mauvaise idée de ne pas être d’accord avec lui politiquement parlant). Ils sont notamment connus pour leur extrême violence envers les antifascistes mais pas vraiment pour leur « doctrine politique » qu’ils ont pourtant essayé de faire valoir par les urnes lors des élections législatives de 1993 au cours desquelles ils ont récolté 0.17% des suffrages. En 2009, Batskin et les membres des JNR réalisent une sorte de documentaire qu’ils postent sur Internet (« Sur les pavés »), afin d’expliquer leur histoire, leur démarche et leurs intentions. Un coup d’œil –rapide – là-dessus vaut le détour, histoire de cerner un peu le personnage…

En tout cas, le ton est donné, ces tags ne sont pas que les protestations des riverains retraités qui râlent que leurs villas soient environnées par des populations peu recommandables ; le problème semble apparemment un peu plus grave que ça…

en guise de signature...

 Encore une preuve de plus de l’universalité du rejet viscéral des populations Roms. Là-dessus, le mouvement est unitaire et transnational, on se serre les coudes et on regarde tous dans le même sens… et en France comme ailleurs, pays des idées des Lumières  ou pas.

En résumé : « Welcome back home ! »

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A propos balktu2011

We are for young students/graduated willing to discover a bit more of Europe. We will be on the roads of southern Europe for six weeks, meeting actors of the civil societies, activists and people on the streets.. Come with us!
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Un commentaire pour Le goût un peu âpre du retour à la maison

  1. Pascal B. dit :

    J’ai eu l’occasion d’aborder « le sujet » avec un ami qui a des velléités en politique locale et régionale… Il m’a troublé en m’avouant que « le problème des Roms » , n’est pas une question puisqu’il n’y a pas de réponse !
    Si j’ose dire : pas l’ombre des « lumières » ici !
    Un tel aveu d’impuissance, c’est probablement que cela, doit être un problème insoluble…électoralement…. Parce-que d’un point de vue humain, à l’évidence, tout est possible !
    Courage, votre combat ne fait que commencer, pour que l’humanisme ne reste pas au placard des valeurs oubliées.

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