Svoboda! Ouvrez les centres de rétention !

Dernier jour du camp NoBorder et une des actions les plus intéressantes et les plus importantes des cinq jours que nous avons passés ici : une manifestation devant le camp de détention pour migrants de Ljubimetz, le village voisin.

Centre de rétention de Lyubimets

Ouvert en avril dernier dans un endroit au milieu de nulle part, le bâtiment est tout ce qu’il y a de plus neuf et moderne et il est destiné à « recevoir » les migrants en situation irrégulière attrapés à la frontière turco-bulgare. Afghanistan, Liban, Iran, Irak, les 33 personnes détenues ici viennent parfois de très loin pour tenter leur chance et essayer de pénétrer sur le territoire tant convoité de l’Union Européenne. Des cordons de policiers et de CRS nous attendent sur place et nous surveillent d’un air placide.

Devant le centre de rétention

On se regroupe à un endroit où les détenus peuvent nous voir et notre samba joue ses rythmes endiablés pour attirer leur attention. Des bras et des têtes sortent par les barreaux des fenêtres et nous font des signes auxquels on répond bien sûr de façon enthousiaste. On a apporté des banderoles sur lesquelles sont écrits les numéros des avocats auxquels ils ont droit gratuitement et on parvient à leur expliquer tout ça dans le maximum de langues possibles grâce à un mégaphone. Ils nous répondent en arabe, anglais, des « thank you » nous parviennent et des frissons d’émotion nous traversent le dos.L’échange est vif et fort, même à travers les barreaux, les murs, les barbelés et la ligne de robocops qui nous séparent. Pourtant, on sait bien qu’on ne les reverra probablement jamais, pas ici et encore moins en France ou en Allemagne.

Détenus avec banderole « thank you »

On reste là quelques heures sous le soleil brûlant, à leur faire des signes, en criant nos slogans dans les oreilles des policiers qui restent étonnemment calmes… Nos gesticulations ont presque l’air de les amuser et ils restent pourtant imperturbables dans leurs uniformes très sérieux. Ils ont quand même affrêté les chars anti-émeutes, les canons à bruit et autres merveilles de la répression policière. On suppose qu’ils ne connaissent pas vraiment le mouvement NoBorder qui a quand même la réputation d’être parfois violent… Tant mieux, pas de dérapages, simplement la communication avec ces gens qui sont enfermés là et qui n’ont pas des perspectives très réjouissantes: tant qu’ils ne disposent pas de l’argent pour retourner d’où ils viennent, ils restent détenus ici, dans cet endroit si sordide. Cela peut durer des semaines, des mois, voire parfois une année jusqu’à ce qu’ils reçoivent de l’argent de proches ou d’amis. Et puis, si jamais ils arrivent à retourner dans leur pays d’origine, quelles sont les possibilités pour eux ? Reprendre la « vie d’avant », à galérer pour joindre les deux bouts, vivre dans des pays où règne une instabilité politique insupportable, un bafouement des droits humains, etc, etc ? Ou alors retenter l’impossible et candidater une nouvelle fois pour le parcours du combattant et la conquête de l’ouest ?…

Banderole pour les détenus

Dans le cortège on aperçoit des gens de la communauté Rom installée juste à côté du centre de rétention qui viennent voir ce qu’il se passe. Quelqu’un du camp est venu les prévenir qu’il y aurait cette action juste à côté de leur quartier.

Participants du quartier à la manifestation

Au début, on est distant, on se regarde un peu en chien de faïence et puis, petit à petit, l’atmosphère si particulière du rassemblement gagne tout le monde, de plus en plus de gens se joignent à nous, les enfants courent de partout, ne lâche plus les percussions de la batucada, jonglent avec les massues de certains et prennent même le mégaphone pour crier des slogans en bulgare : « svoboda, svoboda ! » [« liberté, liberté ! »].

Enfant du quartier

Et même si une certaine méfiance se sera quand même fait sentir tout le long de la manifestation, leur présence à nos côtés nous a montré qu’on pouvait vraiment compter sur les habitants et notamment sur eux, les Roms, et qu’ils se sentaient aussi concernés par ces problématiques – et d’ailleurs peut-être bien plus que nous…

Enfants du quartier déguisés

En tout cas, le départ est rude, on quitte l’endroit à reculons en leur criant des dernières paroles de soutien. On se sent un peu impuissants et presque inutiles : on était là quelques heures à leur dire qu’on était avec eux, qu’on allait continuer à lutter à la hauteur de nos moyens mais il n’empêche qu’on retourne chacun dans nos pays respectifs, bien au chaud dans nos quotidiens confortables et le soir, fin du camp, rakia, fête, danses et eux seront toujours dans leurs cellules.

Voilà, nous avons quitté tout ça direction la Turquie : pour nous l’exotisme de l’Orient, pour eux, la dernière étape souvent fatale avant le prétendu Eldorado.

No border, no nation, stop deportation !
Le cheval passe sans encombres…
Exposition sur les Roms d’Hambourg montrée pendant le rassemblement
Publicités

A propos balktu2011

We are for young students/graduated willing to discover a bit more of Europe. We will be on the roads of southern Europe for six weeks, meeting actors of the civil societies, activists and people on the streets.. Come with us!
Galerie | Cet article a été publié dans Bulgarie, Divers, Mobilisations, No Border, Retours volontaires et expulsions, Schengen et migrations, Société Civile, Union-Européenne. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s